Yann Schwartz :

Un homme et un chien pelé se tiennent sur un sentier qui surplombe la vallée. Chien et homme semblent partager la même lassitude et quand l’un se gratte, l’autre gémit doucement. Entre deux reniflements ils reprennent leur vieux colloque : Le ciel est ocre et avale les maisons, dit le chien. Non, c’est la terre qui absorbe le ciel, répond l’homme. L’un et l’autre chicanent si bien qu’ils restent en ce même point du sentier et qu’une fois de plus, ils n’atteindront pas la ville et s’endormiront. Et Claire Degans peindra leurs rêves.

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France3

Presse

Marie-Claire Juin 2008
Marie-Claire

 

Pratique des arts Juillet 2008
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Pratique des Arts Décembre 2015

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L’Art dans l’Air Juillet 2015

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Artiste Magazine Juillet-Août 2011

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Artiste Magazine mars 2015

Artiste magazine - 2015

 

 Hervé Nicolle :

C

omme ses gravures, ses dessins, son écriture, la peinture de Claire Degans n’est jamais péremptoire. Demandez-lui de vous écrire un mot, un simple mot, un bout de phrase sur le temps qu’il fait ou le temps qui va. Si vous avez appris à lire, vous y renaîtrez à l’émotion et à l’évidence éprouvées devant toiles ou illustrations, comme si la rareté d’un regard singulier ne pouvait être enclose, limitée dans une seule forme d’expression. En un sens, on pourrait même dire que chaque toile fait l’objet d’un patient travail élocutoire, d’une rumination, d’une écriture, d’un souffle ; chaque tableau ou dessin paraît articulé puis désarticulé, marmonné, maugréé, vocalisé, parlé, soufflé sans jamais être un discours définitif. Il semble alors que l’unité de ce style tienne davantage d’un pli particulier dans la manière de vivre et de désirer, dans la manière de dire ce désir et ce choix de vie, que d’une soumission à une école ou chapelle graphiques quelconques. Claire Degans, à l’occasion, l’air de rien mais l’air profondément présent, nous rappelle ainsi que le mot  » manière  » tire son origine du mot  » main « , celle du peintre, celle du médecin, celle de l’aîné ou de l’enfant, qui vous délie du souci et vous couve de sa bienfaisante chaleur en se posant contre votre front.

C’est une peinture heureuse, il me semble. Sans roulement de tambour ni volonté d’en découdre. Le désir cardinal, l’élaboration lente, l’acheminement vers la beauté fragile des choses, l’œuvre enfin mise à jour – et le monde, ce monde, avec elle.

Ici, Essaouira, Gênes ou – peut-être – les Cévennes. Là, un cyprès qui s’élance, qui hésite et n’hésite plus, qui bifurque, qui s’avance d’un seul trait, sûr, probant, qui semble revenir sur lui-même et comme rentrer dans la couleur. Plus loin, quelque persienne, le tumulte et la profondeur d’ombre sous la surface vivante et souveraine : l’ombre se creuse et se nuance d’abord par nappes ou élans, elle progresse ensuite par cassures, retouches, saillies et reculs. Nous faisons le premier pas dans un monde jusque là intouché, inexploré. La peinture, entrebâillant les yeux de ces réalités qui nous voient et que nous ne voyons plus, nous happerait-elle ? Rien ne nous étonne plus alors, sinon l’innocence que le regard de la peintre a su redonner aux choses : c’est bien Essaouira, c’est bien un échassier, un ogre, une persienne ou une chèvre, c’est l’idée que l’on peut s’en faire quand à la tombée du jour l’essentiel est à nouveau en jeu. Sans doute est-ce aussi l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes. Comme si Claire, allant à l’essentiel, avait plus à dire et à peindre que nos yeux à voir.