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Marie-Claire

 

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L’Art dans l’Air Juillet 2015

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Artiste Magazine Juillet-Août 2011

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Artiste Magazine mars 2015

Artiste magazine - 2015

Textes

 

ADA – Françoise Renaud:

Quand on demande à Claire Degans ce qu’elle aime faire dans la vie, elle répond : « Aller dans la nature, marcher, m’immerger, contempler. » D’après elle, la pensée va avec la marche et le corps respire, se dilate, tous sens au dehors. Et quand on regarde ses tableaux, on voit combien elle est sensible à la lumière. Elle dit qu’elle se moque des modes et des critiques. Ce qu’elle veut, c’est représenter la lumière.

Elle évoque ses vacances d’enfant en Cévennes, la proximité de la rivière, l’odeur et le bruit de l’eau. Elle parle d’une unité avec le monde perdue en grandissant, d’une nostalgie à cause de cette chose perdue.

Ses paysages : courbes organiques des montagnes et massifs végétaux contrastant avec la ligne d’horizon et l’horizontale de l’eau. Dans certaines œuvres, le support en bois, très lisse, permet une grande finesse dans le rendu. Le papier de soie marouflé en couches successives propose une matière particulière, entre veiné et marbré, à laquelle s’associent des gouttes de peinture lentement séchées. Et c’est la ligne de l’eau qui organise le chaos, suspendue entre passé et avenir, porteuse d’une attente. Cabanes et personnages minuscules (on pense à la poésie taoïste) donnent l’idée d’un foyer et de la place toute relative de l’homme dans la nature.

Au-delà des patines qui ressemblent à des brumes, le spectateur accède au cœur du vrai. Le temps ne compte plus. Toujours quelque chose d’impalpable, quelque chose niché derrière qu’on pressent.

Claire Degans nous relie au désir de vivre et à la beauté. Montagne, eau, horizon, lumière. Et puis la cendre, entre air et immatériel, cette chose fragile après laquelle on attend.

 

Yann Schwartz :

U

n homme et un chien pelé se tiennent sur un sentier qui surplombe la vallée. Chien et homme semblent partager la même lassitude et quand l’un se gratte, l’autre gémit doucement. Entre deux reniflements ils reprennent leur vieux colloque : Le ciel est ocre et avale les maisons, dit le chien. Non, c’est la terre qui absorbe le ciel, répond l’homme. L’un et l’autre chicanent si bien qu’ils restent en ce même point du sentier et qu’une fois de plus, ils n’atteindront pas la ville et s’endormiront. Et Claire Degans peindra leurs rêves.

 

 Hervé Nicolle :

C

omme ses gravures, ses dessins, son écriture, la peinture de Claire Degans n’est jamais péremptoire. Demandez-lui de vous écrire un mot, un simple mot, un bout de phrase sur le temps qu’il fait ou le temps qui va. Si vous avez appris à lire, vous y renaîtrez à l’émotion et à l’évidence éprouvées devant toiles ou illustrations, comme si la rareté d’un regard singulier ne pouvait être enclose, limitée dans une seule forme d’expression. En un sens, on pourrait même dire que chaque toile fait l’objet d’un patient travail élocutoire, d’une rumination, d’une écriture, d’un souffle ; chaque tableau ou dessin paraît articulé puis désarticulé, marmonné, maugréé, vocalisé, parlé, soufflé sans jamais être un discours définitif. Il semble alors que l’unité de ce style tienne davantage d’un pli particulier dans la manière de vivre et de désirer, dans la manière de dire ce désir et ce choix de vie, que d’une soumission à une école ou chapelle graphiques quelconques. Claire Degans, à l’occasion, l’air de rien mais l’air profondément présent, nous rappelle ainsi que le mot  » manière  » tire son origine du mot  » main « , celle du peintre, celle du médecin, celle de l’aîné ou de l’enfant, qui vous délie du souci et vous couve de sa bienfaisante chaleur en se posant contre votre front.

C’est une peinture heureuse, il me semble. Sans roulement de tambour ni volonté d’en découdre. Le désir cardinal, l’élaboration lente, l’acheminement vers la beauté fragile des choses, l’œuvre enfin mise à jour – et le monde, ce monde, avec elle.

Ici, Essaouira, Gênes ou – peut-être – les Cévennes. Là, un cyprès qui s’élance, qui hésite et n’hésite plus, qui bifurque, qui s’avance d’un seul trait, sûr, probant, qui semble revenir sur lui-même et comme rentrer dans la couleur. Plus loin, quelque persienne, le tumulte et la profondeur d’ombre sous la surface vivante et souveraine : l’ombre se creuse et se nuance d’abord par nappes ou élans, elle progresse ensuite par cassures, retouches, saillies et reculs. Nous faisons le premier pas dans un monde jusque là intouché, inexploré. La peinture, entrebâillant les yeux de ces réalités qui nous voient et que nous ne voyons plus, nous happerait-elle ? Rien ne nous étonne plus alors, sinon l’innocence que le regard de la peintre a su redonner aux choses : c’est bien Essaouira, c’est bien un échassier, un ogre, une persienne ou une chèvre, c’est l’idée que l’on peut s’en faire quand à la tombée du jour l’essentiel est à nouveau en jeu. Sans doute est-ce aussi l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes. Comme si Claire, allant à l’essentiel, avait plus à dire et à peindre que nos yeux à voir.

 

Jean Gebelstein :

C

‘est à un voyage bien singulier dans la lumière que nous invite Claire Degans ; cette lumière qui filtre, comme d’une soie transparente et qui serait par endroits déchirée, où se déploient les teintes mordorées, sépia, brunes, roses, jaunes ou rouges. Leur douceur fine, telle une laque à la souplesse de cire, émane imperceptiblement de la toile et leur magie opère grâce à la finesse de sa vision.

Tout se passe comme si Claire Degans était capable d’accommoder en même temps la transparence des lointains et les détails qu’on ne perçoit que de très près. Elle en joue fort bien, au point que se découpent les arbres et les couleurs en une superposition fort habile. Ses tableaux de ce fait, apparaissent un peu comme des collages de couleurs.

Mais ces peintures ont bien d’autres caractéristiques :

La lumière s’y diffuse comme d’un paysage d’Extrême-Orient saturé de l’humidité ambiante, et crée des paysages de pluie d’une grande expression onirique, où le rêve se révèle non seulement comme l’activité du sommeil et qui produirait des images fantasmagoriques, mais comme une recomposition du réel, où l’imaginaire prend autant de place que la réalité.

Lumière du rêve donc, mais pas seulement ; elle est aussi celle du souvenir, qui déjà s’estompe et que le peintre tente de saisir dans son épuisement, où les images se nourrissent de l’actuel et du passé ; et où l’artiste fait coïncider le témoignage de ce qu’elle voit avec ce que deviendra son souvenir lorsque l’image sera passée : en d’autres termes, elle semble peindre immédiatement l’image du souvenir de ce qu’elle peint ; c’est ce qui donne cette impression très particulière à sa peinture, au point qu’on pourrait parler d’une peinture de la mémoire à venir.

C’est pourquoi elle teinte ses toiles de cette patine du temps qui passe où déjà subrepticement s’enfonce le présent dans la mémoire des yeux. C’est sans doute la raison de l’utilisation des demi-teintes, plus évocatrices de cette ambiance que ne le seraient des tons plus francs.

C’est de là que naît la magie de sa peinture et grâce à cette alternance de la diffusion et de la netteté qu’elle trouve sa véritable dynamique ; l’œil s’y satisfait, qui passe sans cesse de l’une à l’autre, car le peintre nous convie de fait à la découverte d’une perspective curieuse : les objets les plus proches ne sont ainsi pas forcément les plus nets ;

En outre, ses paysages ne sont pas directement éclairés, mais baignés de lumière comme il sont baignés d’humidité, même si cette lumière, diaphane, est extrêmement diffuse. La lumière de sa peinture provoque ainsi un éblouissement particulier, non par la saturation rétinienne mais par la nuanciation qu’elle sait trouver entre les teintes.

A ce titre la contemplation des petits formats est exemplaire ; la lumière ni le contraste n’en sont absents, mais l’artiste nous incite à recréer un nuancier de luminosités, à travers lesquelles puisse se repérer notre regard. Ces petits tableaux nous apprennent autre chose : la précision du trait, comme sa diffusion sont totalement maîtrisés, et démontrent l’efficacité qu’ils produisent sur les plus grandes toiles exposées.

Nous touchons là une réalité incontournable de l’expression du talent : il ne peut se manifester que si lui préexiste un savoir faire, (définiton sémantique de l’art), et donc du travail.

Nul doute que Claire Degans lui sacrifie une part non négligeable de son temps, tant sont fines et précises les toiles qu’elle nous offre dans cette exposition.

C’est ce qui nous fait venir et revenir vers ses œuvres sans lassitude, et craindre qu’elles ne s’évanouissent  déjà dans notre souvenir…